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Une visite de la Stamperia Gianni Basso à Venise

Il y a des adresses que l’on découvre par hasard. Et d’autres dont on attend longtemps le moment de pousser la porte.

La Stamperia Gianni Basso appartient à cette seconde catégorie.

Depuis des années, son nom revenait dans les conversations entre passionnés de typographie au plomb. Il était décrit comme un lieu où un savoir-faire séculaire continuait de vivre. Lors de notre passage à Venise, nous savions que cette rencontre ferait partie du voyage.

Derrière la vitrine, les presses anciennes, les caractères en plomb et les papiers soigneusement empilés annoncent déjà ce que l’on vient chercher ici : un savoir-faire toujours vivant.

Les presses anciennes côtoient des centaines de caractères en plomb, des ornements soigneusement rangés dans leurs tiroirs et des papiers qui attendent de recevoir leur empreinte. Chaque objet semble avoir trouvé sa place depuis toujours.

Pour comprendre cet atelier, il faut remonter plusieurs décennies en arrière, jusqu’à la petite île de San Lazzaro degli Armeni, au cœur de la lagune vénitienne. C’est là, au sein de l’imprimerie des moines mékhitaristes, que le jeune Gianni est envoyé par son grand-père pour apprendre un métier. Pendant des années, il y découvre la composition typographique, le fonctionnement des presses et cette patience indispensable à la fabrication d’un bel objet.

Lorsque l’imprimerie du monastère se converti aux nouvelles méthodes d’impression, il sauve plusieurs machines et une partie de ce patrimoine afin de lui offrir une seconde vie dans son propre atelier. Aujourd’hui encore, en entrant chez Gianni Basso, on retrouve quelque chose de cet héritage transmis d’une génération à l’autre.

Puis vient la rencontre.

Gianni accueille ses visiteurs avec une simplicité désarmante. Très vite, la conversation prend le pas sur la visite. On parle de papier, de voyages, de livres. Si la curiosité est sincère et que le temps le permet, l’échange se prolonge parfois jusque dans les pièces attenantes, où il conserve une remarquable collection de presses, de caractères, de gravures et de machines anciennes. Ce petit musée n’est pas véritablement ouvert au public ; il se découvre au fil de la conversation, comme une marque de confiance.

Au cours de notre échange, nous lui avons parlé de notre attachement au Japon et des projets qui nous y lient. Le sujet a fait naître une conversation passionnée. Gianni nous a raconté les liens que son atelier entretient depuis de nombreuses années avec le Japon, les visiteurs qui viennent jusqu’à Venise pour découvrir son travail et les commandes qui continuent de traverser les continents. Parmi ceux qui lui ont confié leurs cartes de visite figure également le compositeur Ryuichi Sakamoto.

En l’écoutant, cette relation semblait presque naturelle. Les amateurs japonais reconnaissent ici une philosophie qui leur est familière : le monozukuri, ce profond respect du geste, de la matière et du temps nécessaire pour fabriquer un bel objet. Une manière de travailler qui imprègne naturellement l’atelier de Gianni.

Avant même d’entrer dans l’atelier, la vitrine raconte déjà une partie de son histoire.

Suspendues comme autant de petites estampes, des cartes illustrées d’animaux, de plantes, d’arbres, de créatures marines et de quelques symboles vénitiens attirent le regard. Chacune révèle la finesse du trait et le léger relief propre à la typographie au plomb. On peut venir pour faire réaliser une création entièrement personnalisée — des cartes de visite, un papier à lettres ou un ex-libris — mais aussi simplement choisir parmi les nombreuses impressions déjà éditées par l’atelier. 

Fidèle à sa manière de travailler, les échanges se font avant tout à la boutique ou parfois par des moyens plus traditionnels, comme le téléphone ou le courrier. Nous nous sommes laissés séduire par deux motifs : le lion de Saint-Marc et une montgolfière, deux images qui, chacune à leur manière, invitent au voyage.

Derrière chacune de ces cartes se retrouvent les mêmes gestes patients, les mêmes caractères composés à la main et les mêmes presses centenaires qui continuent d’imprimer une feuille après l’autre. Les traces se retrouvent également dans la planche de bois sur laquelle s’appuie l’imprimeur où les traces de ses pas rappellent la constance nécessaire et les années de pratique. Ici, ce qui pourrait n’être qu’un simple souvenir devient un objet que l’on conserve, que l’on écrit ou que l’on offre.

Aujourd’hui, Stefano, le fils de Gianni, apprend à son tour les gestes, les outils et la patience qu’exige ce métier. Il accueille déjà les visiteurs, participe aux impressions et accompagne progressivement son père, avec le même respect des traditions et le même souci du détail.

En quittant l’atelier, on emporte bien plus que quelques cartes ou un beau papier à lettres.

On repart avec le sentiment d’avoir rencontré un homme qui a consacré sa vie à préserver un patrimoine fragile et qui continue, chaque jour, à partager ce savoir-faire avec une générosité discrète.

À Venise, les palais racontent l’histoire de la Sérénissime.

Dans une petite rue de Cannaregio, Gianni et Stefano Basso rappellent qu’il existe une autre manière de traverser le temps : continuer à imprimer, une feuille après l’autre, comme si chaque objet méritait d’être fabriqué pour durer.

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