A moins d’une heure de Milan, installée dans la plaine du Pô et entourée de montagnes, la ville de Bergame se partage entre sa ville basse, moderne et commerçante et sa ville haute, médiévale et préservée par ses remparts, vestiges de la domination vénitienne. Si l’ambiance y est très différente, les deux parties de la ville méritent assurément qu’on s’y arrête. La ville est belle dans son ensemble. Si la beauté de la ville haute est évidente, la ville basse est aussi attachante pour qui voudra bien se donner la peine d’aller au delà des apparences. Je vous y emmène découvrir mes endroits et activités préférés.

1. Prendre le funiculaire vers la ville haute et admirer la vue
Quel que soit le monde de transport utilisé pour arriver à Bergame, vous ne pourrez pas manquer la vue sur la vieille ville en hauteur. Si vous avez peu de temps et n’êtes pas un fan de randonnée, rendez-vous au départ du funiculaire. En service depuis 1887, cette petite merveille part de ville basse pour atteindre en quelques minutes la ville haute en passant le long de la muraille vénitienne. Si vous n’êtes pas sujet au vertige, placez-vous près des vitres et admirez la vue sur la ville, la plaine et les montagnes.



Prendre le funiculaire pour passer de la ville basse à la ville haute. Le trajet peut se faire dans les deux sens même si pour ma part, j’apprécie la descente à pieds le long des remparts.

2. Déambuler sur la Piazza Vecchia le nez en l’air
C’était selon Le Corbusier, la plus belle place du monde et y déplacer une seule pierre aurait été un crime. Je trouve cela un brin exagéré mais la place est certainement très harmonieusement dimensionnée et fort élégante. Vous êtes ici au coeur de la cité historique. Elle a abrité le forum romain avant d’être le siège du pouvoir vénitien. Admirez tour à tour :
- la fontaine de Contarini avec ses sphinx cracheurs d’eau.

Un des sphinx de pierre de la fontaine, en plein centre de la place
- le Palazzo della Ragione, bâtiment administratif sous la domination vénitienne qui sépara la vieille place de la place de la cathédrale.




L’entrée du Palazzo avec l’escalier donnant sur la place de la cathédrale ainsi que le fronton du Palais avec le lion ailé, symbole de la république de Venise. Des loups aux dents longues semblent garder l’endroit.


A ne pas manquer, sous les arcades du Palais, la méridienne, cadran solaire qui permet d’indiquer le midi solaire.
- la Tour civique (Torre civica), aussi baptisée grande cloche (Campanone) qui abrite un musée d’histoire de la ville et sonne tous les jours à 22 heures pour rappeler le temps du couvre-feu où les portes de la cité se fermaient pour la nuit.

- le Palazzo nuovo, ancienne mairie, reconvertie en une superbe bibliothèque.

L’ancienne mairie reconvertie aujourd’hui en bibliothèque dotée d’une collection très riche de volumes anciens.
Lors de notre dernière visite en septembre 2021, la place était agrémentée d’un véritable jardin de plantes et de fleurs, avec des tables et des chaises invitant à une pause magique hors du temps.

3. En prendre plein la vue en visitant les églises de la ville haute
La place de la cathédrale comprend différents monuments : la cathédrale, la basilique, le baptistère et la chapelle Colleoni.

C’est assurément la basilique Santa Maria Maggiore qui est la plus remarquable. Construite sur l’emplacement d’un temple romain, elle est dédiée à la madone pour avoir épargné la ville d’une terrible épidémie de peste vers l’an 1100. Les bergamesques n’ont pas lésiné sur les moyens. La basilique, aux entrées latérales discrètes et construite sur un plan roman est une véritable splendeur baroque à l’intérieur avec ses fresques, ses stucs, ses peintures et ses tapisseries. Il faut bien reconnaître qu’on ne sait plus très bien où donner de la tête devant tant de splendeur. La sépulture en marbre blanc du musicien local Gaetano Donizetti apparaît presque minimaliste face aux ors et aux stucs somptueusement décorés.





L’entrée latérale relativement discrète de la basilique avec ses lions qui en garde l’entrée et son marbre de couleur ouvragé. Rien qui ne laisse présager de la splendeur baroque qu’elle abrite.


Fresques bien conservées de la basilique




La basilique dans toute sa splendeur baroque


La cathédrale, avec sa façade néo-classique fait pâle figure à côté de la basilique adjacente. Un conseil, visitez-là en premier pour y trouver un peu d’intérêt.

Le baptistère, construit sur un plan octogonal au XIVème siècle et déplacé à la fin du XIXème est plus intéressant. Lorsqu’il est ouvert, on peut y admirer une statue de Saint-Jean Baptiste. J’apprécie aussi tout particulièrement les deux statues de pierre qui l’entourent et qui elles sont visibles en toute saison.



4. Présenter ses respects au condottière Colleoni
Le condottière Colleoni a certainement marqué sa ville natale de son empreinte. La chapelle qui abrite sa sépulture est une merveille de la renaissance italienne. L’entrée y est gratuite mais les photos intérieures sont strictement interdites. On se contentera alors de se plonger dans la beauté des sarcophages en marbre, des bois sculptés des bancs et d’admirer la statue équestre à la gloire du mercenaire tour à tour au service de Milan et de Venise.

La façade de marbre de la sépulture du condottière Colleoni. Ce dernier n’a pas hésité à faire abattre une partie de l’église voisine pour édifier ce monument à sa gloire.
L’homme qui n’avait pas froid aux yeux et aurait été atteint de triochidisme (à savoir le fait d’avoir trois testicules). Qu’à cela ne tienne, il en a fait sa marque de fabrique et le blason de sa famille qui trône à l’entrée de la chapelle. Il parait que toucher les trois attributs à minuit porte bonheur. A voir le polissage du blason aux endroits clés, la pratique est certainement très populaire. Je dois bien avouer m’être pliée à l’exercice.


Le blason porte-bonheur du condottiere. A chacun de choisir la version à polir.
5. Se perdre dans les ruelles de la ville haute et admirer la vue du haut des remparts
La ville haute n’est pas très grande mais il est tout de même possible de s’y perdre et d’y découvrir un peu par hasard, les façades d’anciens palais, de belles fontaines ou statues ou encore d’admirer des vues plongeantes sur la ville basse et les montagnes environnantes. Pour se perdre, bifurquez à l’écart de la rue principale qui traverse la ville haute et partez à l’aventure.






Découvrir des palais, des cours ou encore l’ancien lavoir, s’enfoncer dans des ruelles pavées et faire des rencontres parfois surprenante, comme ce personnage incarnant un médecin de la peste et jouant avec les enfants en 2013. A la lumière de la pandémie actuelle, cette photo a pris une toute autre dimension.
Classés par l’UNESCO depuis 2017, le tour des remparts vénitiens avec ces différentes portes protégeant les entrées de la ville est également un must.


6. Faire une pause au jardin botanique
Accéder au jardin botanique se mérite puisqu’il faut gravir une belle volée d’escaliers avant d’atteindre l’entrée discrète du jardin. Arrivés, on peut y admirer de superbes vues sur la vallée en se reposant à l’ombre sur un banc à écouter le bruit de l’eau dans un petit étang. Une pause relaxante et hors du temps qui m’a rappelé la visite de certains petits jardins japonais. Succursale du musée des sciences naturelles voisin, le jardin comprend essentiellement des essences locales et alpines mais aussi quelques espèces plus exotiques. La descente se fait par palier en serpentant le long de la colline. On y découvre tour à tour des plantes potagères, des cactus ou encore des fougères. L’entrée est gratuite et nous étions à peu près seuls lors de notre première visite en septembre 2021.








7. Approfondir sa connaissance de l’art à l’académie Carrare
Nouvellement restauré, l’Accademia Carrara permet de manière chronologique d’admirer les oeuvres de la Renaissance italienne principalement. On n’est pas au niveau des pinacothèques des grandes villes italiennes comme Florence ou Milan mais la collection est honorable. Des expositions temporaires thématiques sont également organisées. Juste en face du musée, vous pouvez aussi le GAMEC (Musée d’Art moderne et contemporain).


La pinacothèque et un souvenir d’une exposition passée consacrée au Caravage.
8. Flâner dans les rues commerçantes de la ville basse et s’arrêter pour regarder les passants
Les rues commerçantes de la ville basse sont généralement très animées. On y trouve des grands magasins comme Coin, toutes les grandes marques italiennes et internationales de vêtements ou de maroquinerie mais également quelques petites boutiques de papeterie où le temps semble s’être arrêté. La ville basse est également parfaite pour s’arrêter et faire une pause après ses achats, à l’ombre de places ou de galeries marchandes. C’est l’occasion de prendre le temps de se poser, d’observer les passants et de sentir la ville vibrante, occupée mais qui sait aussi profiter de la vie.




9. Admirer l’architecture du début du XXème siècle dans la ville basse
La ville basse de Bergame recèle aussi quelques chefs d’oeuvre de l’architecture italienne de la première moitié du XXème siècle. Peu de publicité est faite autour des bâtiments mais il est possible d’en apprendre un peu plus avec les panneaux explicatifs placés devant les bâtiments.

Après un peu de recherche, on apprend que la ville basse a été remodelée au début du XXème siècle par un jeune architecte âgé de 26 ans au moment de la commande des bâtiments. Il s’agit de l’architecte Marcello Piacentini qui se distinguera quelques années plus tard comme le leader de l’architecture fasciste.
C’est peut-être ce côté sulfureux qui fait que la richesse architecturale de la ville basse est passée sous silence. Il n’empêche, on doit à Piacentini, un centre commercial avec de superbes colonnes qui abritait les anciennes foires de la ville, la banque italienne, le Palais de Justice mais aussi la Torre de Caduti, tour à l’horloge qui symbolise la ville basse et dédiée aux victimes de la première guerre mondiale.





La partie commerçante de la ville basse avec ses galeries en colonnade élégantes


La banque d’Italie et sa façade néo-classique à la porte et aux plafonds sublimés à la nuit tombée.





Le palais de Justice de la ville basse avec ses statues de la loi et de la justice.
Parmi les bâtiments dignes d’intérêt, on trouve aussi le Palais de la poste et des télégraphes, construit dans les années trente par l’architecte attitré du Ministère des chemins de fer et des télécommunications, Angiolo Mazzoni, à une époque où l’Italie fasciste se voulait associée au progrès et à l’architecture rationaliste. Admirez sa tour avec l’horloge, ses statues monumentales et sa piscine en mosaïque. La poste est toujours ouverte au public et l’intérieur vaut aussi le coup d’oeil.






Enfin, toujours en réfection depuis quelques années, l’ancienne Casa Littoria rebaptisée Palais de la Liberté, construite à la fin des années 30 pour abriter le siège du parti de Mussolini.


10. Se régaler des spécialités culinaires bergamesques
La ville est extrêmement fière de ses spécialités locales. Il n’est pas rare d’être accueilli avec un grand sourire quand vous commandez un verre de vin de la région ou une charcuterie ou un fromage du pays. Le kilomètre zéro est une véritable religion. Les plats sont simples et goûteux.
Un repas se compose en principe d’un antipasto (entrée), suivi d’un primo piatto (premier plat, constitué de pâtes, d’une soupe ou de riz), d’un secondo (second plat, poisson ou viande) assorti d’un contorno (pommes de terres rôties, légumes ou salade) pour finir par un dolce (dessert) avant le café pour clôturer le repas. Après, chacun fait un peu comme il veut pour combiner un, deux ou trois plats.
Au rang des spécialités, la polenta constitue la base de la cuisine bergamesque. On la trouve simple ou taragna, c’est-à-dire assortie d’un fromage de montagne qui fond par dessus. Comme une expression en dialecte local l’atteste, « polenta et tu ajoutes tout ce que tu veux … » Personnellement, j’adore mêler polenta, charcuteries et fromages locaux.

Les casonsei (en dialecte) ou casoncelli sont une autre spécialité. Il s’agit de raviolis fourrés à la viande assaisonnés de beurre, de sauge et de petits morceaux de pancetta, le tout agrémenté si on le souhaite de parmesan. Une tuerie.

La viande est également très présente : sous la forme d’escalope de veau à la milanèse (souvenir de l’occupation autrichienne) ou encore la tagliata de boeuf tout juste saisie servie avec des pommes de terre rissolées et de la roquette.
Pour finir, les glaces sont bien présentes. Goûtez à la stracciattella, inventée à Bergame ou encore les petits gâteaux polenta e oisei qui rappellent le repas traditionnel mais cachent un coeur sucré de génoise décoré de massepain et de chocolat.

Mes endroits préférés pour déguster les spécialités locales :
- Il Maialino di Gio : dans la ville basse, en terrasse. Parfait pour un apéritif ou pour déguster les superbes planches de charcuterie et de fromages de la région. La carte des vins est également impressionnante et le service attentif. Privilégiez les vins locaux comme le Valcalepio ou le pétillant Franciacorta de la province voisine de Brescia.
- Da Mimmo, un grand classique apprécié des habitants de Bergame dans la ville haute. Vous pourrez y déguster les spécialités de Bergame mais également des pizzas. Allez-y un dimanche midi pour un déjeuner traditionnel bergamesque.
- Trattoria Camozzi Da Claudio, une trattoria de qualité dédiée aux poissons et aux fruits de mer. Pour changer des escalopes et de la tagliata de boeuf. Le service est impeccable, les choix de plats variés (la lotte est à tomber), les assiettes copieuses. Une très belle adresse à quelques minutes du centre de la ville basse.
- L’ancien café du bâtiment du funiculaire dans la ville haute qui abrite aujourd’hui une succursale de la chaîne milanaise California bakery Personnellement, je reste nostalgique de l’ancien café qui servait de superbes apéritifs et assiettes de spécialités bergamesques. Mais bon, la vue de la terrasse en style Liberty est toujours aussi exceptionnelle et le café est correct.
- Pasticceria La Marianna (Largo colle aperto 4 dans la ville haute) pour déguster une authentique glace stracciattella.






En pratique
Quand partir ?
Bergame se visite en toute saison, avec une préférence pour le printemps ou le début de l’automne. La ville est belle en toute saison, y compris l’hiver avec ses journées froides mais ensoleillées.
Y aller
Bergame est très bien desservie par l’aéroport international Orio al Serio, avec des vols lowcost Ryanair ou Wizzair. Au départ de Bruxelles-Charleroi, le temps de vol est d’environ une heure et vingt minutes.
Un taxi vous emmène au centre ville en moins d’un quart d’heure pour une quinzaine d’euros. Des bus de la compagnie locale ATB desservent également l’aéroport à une fréquence de trois-quatre bus par heure en semaine (fréquence réduite à deux par heure le dimanche). Le coût est de 3 euros. Les horaires sont ici.
A partir de Milan, il est possible de rejoindre Bergame en train en un peu moins d’une heure pour 5,6 euros en deuxième classe (prix 2021). Pour acheter votre ticket en ligne (en anglais), c’est ici.
S’y déplacer
Si la ville est étendue, la ville basse et la ville haute se visitent facilement à pied. Pour l’expérience et si vous souhaitez vous épargner la montée vers la ville haute, vous pouvez facilement emprunter le funiculaire (V.le Vittorio Emanuele II 62; billetterie disponible à l’entrée).
Y loger
J’apprécie le confort du NH Bergamo, situé à quelques minutes de la marche de la gare, dans la ville basse. Les chambres sont confortables et le petit déjeuner aux standards espagnols au top.
Une alternative, dans le même quartier, le Mercure Palazzo Dolci offre un confort similaire.
Comme je privilégie l’accès facile aux moyens de transport, je n’ai pas encore logé dans la ville haute, même si l’endroit a certainement beaucoup de charme.
Règles Covid (2021)
Comme partout en Italie, un « covid green pass » est obligatoire pour accéder aux restaurants et aux musées. Vous êtes priés de le présenter si on vous le réclame (ce qui n’est clairement pas systématique).
