Intrigués par les photos de soucoupes volantes de couleur orange qu’une amie avait posté sur Instagram et notre curiosité stimulée par un article de Mu In the City, nous avons décidés de pousser la porte de cette Fondation d’Art contemporain pas comme les autres.

Collectionner, une maladie
Située le long d’une voie rapide entre Anvers et Knokke, la Fondation est logée sur un vaste terrain de 12 hectares à la fois champêtre et industriel dans les anciens entrepôts de la société de transport routier de son propriétaire, Geert Verbeke. Ce dernier décrit son besoin de collectionner comme une drogue dont il est quasiment impossible de se passer. Geert et sa femme Carla ont démarré leur collection dans les années 1990 par le biais de l’Art abstrait. Ils se sont ensuite intéressés aux collages et possèdent aujourd’hui une collection de plus de 6.000 pièces émanant d’artistes essentiellement belges, connus ou moins connus. Profitant des espaces disponibles, ils ont ensuite déployés de plus larges installations et ont investi plus récemment dans le « bio art ».
La fondation, ouverte au public depuis 2007, se définit comme un lieu où la culture, la nature et l’écologie se rejoignent. Des artistes y ont également la possibilité d’y résider et d’y créer sur place leurs oeuvres; certaines à partir de matériaux bruts ainsi recyclés. En créant sa fondation, sans subside public, Geert Verbeke a souhaité se délivrer de toute contrainte et créer un espace à sa façon, loin des lieux d’art épurés et aseptisés. Il la définit de la manière suivante : “Notre espace d’exposition n’a pas pour ambition d’être une oasis. Notre présentation est inachevée, dynamique, brute, contradictoire, désordonnée, complexe, dissonante, vivante, et non monumentale, comme l’est le monde au dehors des murs du musée. Vous ne trouverez pas de bâtiment fantastique et sensationnel ici mais un endroit plutôt rafraîchissant et sans prétention pour admirer l’art et une critique subtile du monde de l’art.”

Un musée en perpétuelle mutation
Après avoir trouvé le container qui sert de couloir d’entrée, vous plongez dans une autre ambiance. Un grand espace assez froid avec de grands espaces vides, des armoires alignées et des animaux désossés ou empaillés. L’inscription en allemand l’Art libère (« Art macht frei ») qui fait écho au sinistre portail d’Auschwitz-Birkenau ajoute à un certain sentiment de malaise qui mettra un peu de temps à se dissiper. Si la Fondation se décrit comme perpétuellement en mouvement, le thanatos est bien présent et intégré comme le prolongement de la vie.




Le côté dynamique, vivant et décalé de l’endroit se ressent dès l’arrivée. S’il s’agit d’une Fondation privée, on est loin du côté léché des Pinault ou des Cartier. Un gigantesque panneau de signalisation en acier avec l’enseigne du Mac Do vous accueille. Le parking est aisé. Vous pouvez choisir de vous garer à côté de vieilles locomotives rouillées, de tubes transformés en oeuvre d’art ou de ce qui ressemble à une péniche échouée. Au premier coup d’oeil, on se dit que l’endroit va secouer.



Les différents espaces de la Fondation peuvent se découvrir au gré des envies, sans qu’il n’y ait de sens à respecter. Vous passez facilement d’un espace à l’autre, qu’il fasse partie des espaces couverts ou extérieurs.


Les collages comme philosophie de la vie
Le bâtiment qui expose une partie de la collection de collages des propriétaires et leurs dernières acquisitions est la partie la plus classique de la Fondation. Une longue pièce où les artistes se suivent dans un enchaînement somme toute classique. A un détail près : les collages par le jeu d’assemblages mènent le visiteur à s’interroger sur la réalité et le bien-fondé de ce qu’il croit voir ou percevoir.




Un terrain de jeu industriel après une invasion extraterrestre
Une immense verrière permet de relier le bâtiment principal à l’espace d’exposition consacrée aux collages. Une fois encore, l’ambiance y est radicalement différente : on a l’impression d’arriver dans un désert après une explosion nucléaire où des éléments du réel ont été transformés ou ont radicalement mutés : sable, voiture vintage envahie par les branchages, arbres difformes, navettes spatiales constituées à partir de machines à laver, poulailler se donnant pour ambition de produire le poulet parfait de Koen Vanmechelen, etc.










Le parcours se poursuit à l’extérieur des bâtiments au détour d’allées comme une sorte de labyrinthe bien agencés. On y trouve des bâtiments conçus pour s’intégrer dans la nature qui font penser à des OVNIS, posés en bord d’étang.




Des sculptures, des bâtiments construits à partir de matériaux de récupération, une bulle pneumatique noire contenant des carcasses d’animaux inquiétantes, tout droit sorti d’un épisode de la série X-files.






La nature est également mise en scène que ce soit une forêt poussant sur un échafaudage de cathédrale, des saules pleureurs sauvés de la destruction et transformés en sculpture ou encore du ciel et rayons du soleil mis en valeur par une magnifique sculpture en bois rappelant la beauté de Panthéon à Rome.





Des grues, des citernes ou encore une pale d’éolienne s’intègrent dans le décor et deviennent à leur manière des artéfacts représentatifs d’une époque en constante mutation.




La balade est un vrai plaisir. A chaque détour, des découvertes suscitent l’enthousiasme, l’étonnement et parfois la répulsion. L’endroit tout en ne se prenant pas au sérieux est unique et extrêmement photogénique. Il mérite certainement votre visite.
En pratique
La Fondation Verbeke est ouverte au public du jeudi au dimanche de 11 et 18 heures. Comptez deux-trois heures pour la visite du parc et des bâtiments.
L’entrée est de 12 euros pour un adulte; gratuit pour les enfants de moins de 14 ans accompagnés d’un adulte.
Adresse : Verbeke Foundation, Westakker 1, 9190 Kemzeke (Belgique). La Fondation se situe à environ une heure de Bruxelles en voiture. Grand parking gratuit.
Cafétéria avec terrasse offrant une petite restauration (croque-monsieur, soupe du jour, gâteaux).
Plus d’infos : consultez le site web de la Fondation (en Néerlandais ou en Anglais) https://verbekefoundation.com/en/plan-uw-bezoek/plan-uw-bezoek/
