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8 raisons d’aimer Leipzig

Pour moi, Leipzig, c’était au départ, une ville lointaine et grise de l’ancien bloc communiste, très loin à l’Est. Je n’y aurais probablement jamais mis les pieds si je n’avais pas dû m’y rendre pour un congrès.  Pourtant, dès le premier voyage, j’ai été séduite par cette ville verte, jeune, toute en contraste et toujours en mutation. J’y retourne chaque année avec le plus grand plaisir. Est-ce que Leipzig est le nouveau Berlin ? Probablement pas car cela reste une ville de province par rapport à la vibrante capitale allemande. Est-ce que je succombe à la mode qui voit dans Leipzig le nouveau Hype et a rebaptisé la ville Heipzig ? Je ne pense pas. Mais ce qui est certain, c’est qu’il existe une foule de raisons pour passer quelques jours dans cette ville qui vit et vibre. Je vous explique ici lesquelles …

1. Sa musique

La musique est partout à Leipzig. Au 18ème siècle, Bach a été l’organiste de la ville pendant presque trente ans. Il y a géré l’organisation musicale des deux principales églises (Saint-Nicolas et Saint-Thomas) tout en y enseignant la musique. Wagner y est né et y a fait ses classes comme enfant de choeur. Mendelssohn y est mort après avoir été directeur musical de la plus prestigieuse salle de concert de la ville. Il y tenait salon avec pour invités Schumann et Berlioz.

Aux différents coins de la ville, tout vous rappelle la présence de la musique, ce que soient les statues des différents compositeurs, les musées qui leur sont dédiés (le plus important est dédié à Bach et vous pouvez également visiter la maison de Mendelssohn), les festivals organisés durant l’été ou tout simplement, au coin d’une rue lorsque vous surprenez les gammes d’une école de musique ou un concert de quartier improvisé.

L’Opéra de Leipzig. Actif depuis 1693 et reconstruit après la seconde guerre mondiale dans le style fonctionnaliste soviétique qu’on lui connait aujourd’hui.
Statue de Felix Mendelssohn dans le centre historique de Leipzig
Buste de Bach dans l’Eglise Saint Thomas où il fut organiste
Mémorial Richard Wagner en bordure du quartier historique, avec un ‘plattenbau’ communiste en arrière-plan

2. Son passé communiste

L’ancêtre du parti socialiste allemand fut fondé à Leipzig en 1863. Il sera par la suite scindé entre la sociale-démocratie et une aile plus radicale communiste. C’est également à Leipzig, ville d’édition que fût imprimée la première version du Capital de Marx et Engels en 1867. A la sortie de la seconde guerre mondiale, la ville marchande se retrouve dans la sphère d’influence communiste pour plus de 40 ans. Fait moins connu, c’est également à Leipzig qu’est née la contestation qui mena à l’effondrement du rideau de fer en novembre 1989.

Cette histoire contemporaine se reflète dans les bâtiments de la ville où l’on retrouve une architecture fonctionnaliste à la soviétique. Elle est également illustrée par différents panneaux didactiques agrémentés de photos d’époque ou par une gigantesque fresque murale qui relate les grands moments de la révolution pacifique de 1989.

Plattenbau et statues de type réaliste socialiste à deux pas de la place du marché
Fresque murale commémorant les événements qui ont conduit à la chute du mur avec comme point de départ les manifestations pacifiques du lundi à l’Eglise Saint Nicolas

Une autre façon de se plonger dans l’histoire tumultueuse de la ville et de l’Allemagne est de visiter le musée d’histoire contemporaine (Zeitgeschichtliches Forum Leipzig) et l’ancien siège de la Stasi, la sinistre police secrète est-allemande (Museum in der Runden Ecke). Le premier retrace de manière didactique, objectivée et sans concession l’histoire récente de l’Allemagne de la défaite du Reich à la montée de l’extrême-droite dans l’Allemagne d’aujourd’hui. Le second vous plonge dans le passé est-allemand et démonte l’organisation d’un système politique ayant organisé l’emprisonnement intérieur de ces citoyens. Pris d’assaut par les manifestants de 1989, le bâtiment et son mobilier sont restés intacts et reflètent d’une façon extrêmement réaliste la vie de l’époque.

L’entrée discrète du Forum d’histoire contemporaine à deux pas de la place du marché. Entrée gratuite. Peu d’informations traduites mais la muséographie se suffit souvent en elle-même
Les bureaux des pontes du parti communistes sous la RDA
Les photographies des victimes recensées du régime communiste est-allemand
Les vestiges du passé. Les noms des rues ont été rebaptisées et les statues des idoles d’hier se retrouvent dans les musées pour ne pas oublier.
Le musée du coin arrondi (Museum in der Runden Ecke), l’ancien siège de la Stasi. Pris d’assaut en 1989 par les manifestants, il a été reconverti en un musée du souvenir et un centre d’archives où les citoyens de Leipzig peuvent venir consulter les dossiers les concernant. Ici, plus encore qu’au musée d’histoire contemporaine, mieux vaut comprendre l’allemand
Les couloirs anxiogènes du Musée de la Stasi. Chaque aspect de l’organisation du système totalitaire est-allemand y est détaillé dans les différentes pièces (systèmes de surveillance, organigramme de l’organisation policière, salle d’interrogatoire, organisation du travail et des mouvements de jeunesse). Plusieurs millions de personnes ont ainsi été espionnées par leurs amis, collègues, proches.

3. Ses galeries d’art contemporain

Un peu à l’écart du centre mais facilement accessible par les transports en commun, Spinnerei est devenue en quelques années un lieu incontournable de l’art contemporain. Ce qui fut jadis la plus grande filature de coton du monde est aujourd’hui un espace reconverti qui accueille une centaine d’ateliers d’artistes et des galeries d’art pointues et reconnues. A la chute du mur, l’usine qui avait survécu à la seconde guerre mondiale et continué la production sous la période communiste a fermé ses portes. Rachetés par des idéalistes qui ont tout de suite vu son potentiel, le site réaffecté vaut certainement le détour tant pour les amateurs d’art contemporain que pour les amoureux de reconversion industrielle réussie.

La visite peut être déroutante à première vue et cela malgré le plan à l’entrée et les numérotations des bâtiments. Je conseille de préparer sa visite en ciblant les galeries à visiter au préalable et de les repérer sur le plan dès l’entrée. Des visites guidées sont organisées régulièrement (consultez les horaires – en allemand).

Le site de la Spinnerei avec ses bâtiments numérotés
L’art est à la fois dans les ateliers mais aussi sur les murs extérieurs ou dans le design d’un old timer
Et un peu d’art urbain au détour d’une allée

4. Son architecture « Belle époque » 

Ancienne ville marchande, Leipzig a connu un âge d’or architectural entre 1871 et 1918. En témoignent, les magnifiques bâtisses que l’on peut admirer au centre ville.

Détail de la façade de la Commerzbank au centre de la ville

Détail de la façade du Café Riquet, Jugenstil, à tendance japonisante

La beauté des entrées des immeubles. Ici entre art nouveau et art déco

5. Ses passages commerçants

Le centre historique de Leipzig compte un grand nombre de passages marchands, construits comme vitrine pour les foires commerciales qui étaient organisées dans la ville à la fin du XIXème siècle et au début du XIXème.

Les principales sont les passages Mädler, les Speck’s Hof, le Städtische Kaufhaus ou les cours « Barthels Hof ». D’autres passages moins connus méritent également d’être découverts. N’hésitez pas à tenter votre chance pour découvrir de ruelles ou des cours couvertes, surtout s’il pleut.

Le passage Madler et son allégorie consacrée au mythe de Goethe qui étudia à Leipzig

Le Speck’s hof et son passage couvert à la gloire de l’artisan

Et tous les autres qui méritent également une visite …

6. Son monumentalisme

Au fur et à mesure qu’on découvre la ville, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle a un petit côté mégalomaniaque, surtout pour ce qui est aujourd’hui une ville de province.

Ainsi, Leipzig dispose de la plus grande gare terminus au monde en termes de superficie, avec une façade d’une longueur de près de 300 mètres de long. Lors de sa construction, entre 1909 et 1915, elle pouvait se targuer d’être l’une des plus grandes gares du monde avec 26 voies à quai et 5 voies extérieures.

L’entrée principale de la gare de Leipzig qui est également un centre commercial
Les quais de la gare avec leur structure en acier.

En poursuivant votre visite de la ville, vous découvrirez également que le nouvel hôtel de ville de Leipzig est également l’un des plus grands du monde et en tout cas le plus grand d’Allemagne. Construit dans le style de l’historicisme allemand au début du XIXème siècle, il comporte plus de 600 pièces et une tour qui s’élance sur 115 mètres dans le ciel. A ne pas manquer, si vous passez dans le coin à l’heure d’un repas, une visite dans le restaurant Ratskeller, situé dans les caves de ce qui ressemble furieusement à un château médiéval.

Mais pour comprendre la puissance du monumentalisme à Leipzig, il faut se rendre au Sud de la ville pour découvrir le monument de la bataille des Nations. Le terme style colossal prend là tout son sens.

Inauguré en 1913 soit 100 ans jour pour jour après la défaite de Napoléon contre les forces alliées en hommage aux soldats allemands tombés au combat, le bâtiment impose à la fois par sa taille (91 mètres de hauteur, 126 mètres de large au sol, une hauteur de 68 mètres pour la coupole interne) mais aussi par le gigantisme des statues tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la crypte. L’expression « Dieu avec nous » ajoute encore de la solennité à l’ensemble.

La perspective sur le Völkerschlachtdenkmals, monument à la gloire des nations et son beau miroir d’eau. Pour vous faire une idée de la taille, observez la porte du monument juste en dessous de la statue du soldat de pierre.

Claustrophobes ou personnes avec une tendance au vertige, passez votre chemin et admirez le monument de loin, à moins d’être en quête de sensations fortes. Une terrasse tout au dessus du bâtiment permet également d’admirer la vue sur la ville et la campagne environnante.

Comme nous sommes toujours à Leipzig, vous ne serez pas étonné d’apprendre que c’est le plus grand et le plus haut mémorial de ce type jamais construits. La visite de ce mausolée à la gloire du germanisme donne en tout cas une bonne idée du climat de l’époque avec la montée du nationalisme et de l’exaltation de l’âme germanique qui débouchera sur la première guerre mondiale quelques mois plus tard.

Statues colossales et les veilleurs devant les masques du destin

7. Son cimetière romantique

Au Sud de la ville, à quelques pas du Monument à la Bataille des nations, le cimetière Südfriedhof vous invite à la balade. Il s’agit d’un cimetière organisé comme un parc d’une superficie de 82 hectares et réparti par quartier (un plan peut-être consulté à l’entrée). Vous pouvez y déambuler des heures. Parfait pour méditer sur la condition humaine mais aussi se plonger dans l’histoire agitée de l’Allemagne contemporaine ou simplement profiter des arbres et des rhododendrons qui y foisonnent au printemps. Au centre du cimetière, l’église de style néo-romanesque avec des accents art nouveau mérite également qu’on s’y attarde. A visiter de préférence en fin de journée quand seuls quelques promeneurs s’y attardent encore.

Le cimetière Sud avec la vue sur le Monument dédié à la Bataille des Nation
Rhodos et jeune fille en fleurs
Hommage à un soldat mort sur le front de l’Est durant la Première guerre mondiale
L’allée centrale du cimetière menant à l’Eglise et concentrant les tombes dédiées ‘aux victimes du fascisme’

8. Son côté alternatif

Si Leipzig a connu un boom économique avec la chute du mur au début des années 2000 et l’arrivée de grands acteurs économiques comme BMW, Porsche ou DHL, elle reste par certains côtés une ville alternative.

Vous trouverez ce côté alternatif dans les quartiers de Plagwitz et Connewitz près de la Karl-Liebknecht-Strasse même si la gentrification galopante fait disparaître peu à peu les squats en remplaçant les anciennes usines à l’abandon par des lofts renovés.

Pour finir, Leipzig accueille chaque année en mai le plus grand festival gothique du monde. Pas évident de trouver un hébergement durant cette période mais spectacle garanti.

Une petite photo souvenir au photomaton du coin

Et pour terminer la visite, une balade tranquille le long du canal Karl Heine

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